La SaintéLyon 2017 (64ème édition)

Ce n’est pas sans émotion que je vous relate le week-end magique mais complètement fou du 2 et 3 Décembre 2017. La SaintéLyon ? Une grande histoire de dingue, moi qui me suis toujours dit que ce n’était fait que pour les zinzins, comme la Diagonale des Fous, le Marathon des Sables, l’UTMB ou toutes ces “petites” choses de ce genre. Je me lance dans cette aventure à corps perdus, sur les 28km et quelques (850D+) de la SaintéLyon relais par 3. 

 


Préparer mon départ

Je vais essayer de ne pas trop écrire car je sais qu’il est parfois difficile d’aller au bout des articles “romans”. La semaine avant de partir, j’étais overbookée. Partant 3 jours et demi, tous mes rendez-vous professionnels étaient condensés sur 3/4 jours au lieu de presque 6, autant vous dire que ce n’était pas du repos. Dès que j’avais 10 minutes, je filais dans un magasin de sport m’acheter ce qu’il me manquait.

Heureusement, je n’avais qu’un seul footing de 10km à réaliser comportant plusieurs lignes droites. Je l’ai réalisé le mardi soir, et n’ai donc rien fait jusqu’au samedi soir 00h. Finalement, tant mieux ! J’ai à peu près suivi les principes de la diète scandinave dissociée cette semaine passée (en moins strict que l’originale) mais cela m’a été bénéfique. Je pense le refaire pour le Marathon de Paris le 8 avril (pas plus de 3x par an pour conserver les bénéfices).

Le vendredi matin 1er Décembre, mon train était à 9h20, je décidais donc de me lever vers 6h30 pour finir de tout préparer. Le matin même, je me réveille naturellement avec la lumière du jour… OH MON DIEU. Le réveil tourne depuis 2h, il est 8h38, mon bus est dans 20 minutes. J’ai sauté dans mes fringues, j’ai oublié pleins de choses, j’ai embarqué un bout de pain, des fruits et des noix et suis partie en catastrophe. On pouvait rêver mieux comme départ.

Arrivée sur Lyon

J’avais pris ma journée de vendredi pour profiter des copains et de Lyon avant le branle-bat de combat. Après un changement sur Paris, je débarque pour 16h, juste le temps de récupérer les clefs du Airbnb réservé par Mizuno. Aux petits oignons, je vous le dis ! Les copains arrivent au compte-goutte. Nous nous retrouvons tous dans notre appartement, plus grand que celui des garçons, pour dîner tous ensemble. Riz-courgette-jambon-yaourt, je commence à me conditionner.

Le samedi matin, nous prenons le temps de nous lever (8h, hum) car la journée (et la nuit) s’annoncent longues. La bonne grasse matinée pour prendre de l’avance, et bien on repassera. J’essaie de me détendre, de traîner au lit, de tricoter (je ne me déplace jamais sans en ce moment). Petit-déjeuner à base de sandwich au jambon, banane et yaourt : on ne change pas une équipe qui gagne. J’essaie d’encaisser les glucides de bonne qualité, qui ne soient pas des sucres rapides (ma glycémie est trop sensible).

Je n’arrive absolument pas à me faire à l’idée que je vais passer une nuit blanche à courir, mais alors pas du tout ! Nous déjeunons vers 13h à l’appartement avant de partir à la Halle Tony Garnier pour 15h30 (ou plutôt 15h45, nous et la ponctualité). Riz-courgette-jambon-yaourt : ohhh c’est original !

Nous arrivons à la Halle Tony Garnier, lieu du village mais aussi de l’arrivée de la course. J’aperçois l’arche, je suis déjà émue. On se rejoint tous sur le stand Mizuno pour prendre des photos de groupe, échanger, se changer, tester notre nouvelle frontale offerte par PETZL.

Je crois qu’il faut y aller : départ pour Saint-Étienne !

Après avoir rencontré quelques abonnées, croiser des copains qui se lancent sur le 72km (coucou Cédric si tu passes par là), nous devons y aller. Vers 17h30, navette pour Saint-Étienne. Durée du trajet : 1h. Au fur et à mesure, on découvre les paysages enneigés, les vitres du car commencent à geler : non mais what ? Choc thermique de l’espace en descendant du car alors que les caméraman commencent à nous filmer (le film Mizuno sera bientôt en ligne). Nous allons être suivis par ces 3 courageux tout le long de notre course.

On dépose nos affaires dans notre espace dédié au sein d’un grand gymnase. Il sonne 19h-19h30 et il faut manger. Difficile à concevoir car nous mangeons dans le froid, les chauffages ayant mis du temps à chauffer cet immense hangar. Un dîner de course comme on aime : salade de pâtes froides, pâtes à la bolonaise et gruyère, du pain et du camembert. Miam, du sans fibres !

Et c’est là que la partie se complique. Nous allons devoir attendre 4h avant le départ des premiers relayeurs (donc le mien), dans ce hangar. Nous le voyons se remplir petit à petit, les courageux de la 72km s’endorment sous leur couverture de survie. Je suis à nouveau émue de les voir se préparer à une nuit de calvaire. J’utilise ce mot car je sais à quoi ressemblait les premiers 30km, j’ai pu réaliser les 24km suivants de jour au mois de Novembre. Seule la dernière partie de 20km m’était inconnue, mais je sais qu’elle était moins technique et dangereuse que les deux autres. 

J’essaie de fermer les yeux sur mon petit transat Mizuno, dans notre espace privilégié désormais chauffé. Je fais l’idiote, j’essaie mes équipements accessoires, je me filme, je fais des photos, je discute mais j’ai les yeux qui commencent à me brûler. C’est pas le moment ! C’est dur psychologiquement de se dire qu’à l’heure où je dois aller dormir, je me lance pour au moins 4h de course dans la neige. Et surtout se dire que je ne vais pas dormir avant… le lendemain.

Crédit : SaintéLyon


23h15 : le départ approche à grands pas !

Comme la SaintéLyon est composée de 85% d’hommes, il y a un énorme point positif : l’absence de queue aux toilettes pour femmes. La situation est totalement inversée contrairement à ce que je peux voir sur mes autres courses officielles type semi-marathon. Les femmes participantes sont félicitées au micro d’être là, avant même de prendre le départ. C’est dingue et beau à la fois. J’enfile mon dossard-tee-shirt, vérifie les derniers réglages et me faufile doucement vers le départ. Je loupe l’entrée dans mon SAS mais veux absolument partir en première vague (départ toutes les 10min). J’enjambe la barrière une fois le départ de la 1ère vague sonné, c’est bon, je ne prends pas trop de place hihi.

Crédit : SaintéLyon


Les premiers kilomètres bitumés, bizarrement mon calvaire !

Les sept premiers kilomètres ne sont que bitume. Etrangement, c’est normalement mon terrain de jeu préféré. Mais là, je me suis tellement préparée mentalement et physiquement à me confronter aux chemins, que j’attends de trouver ce pourquoi je suis là. 7km qui sont difficiles, une pesanteur à l’estomac car j’ai trop chargé mon camelback (presque 2L d’eau, par peur de manquer). La ceinture me tire, il m’arrive de courir en me tenant les anses. A la première côte que j’aperçois, je marche. QUOI ? DÉJÀ ? Nous sommes au 4/5ème kilomètre je pense (je ne regarde pas ma montre) mais cela s’annonce long. Les coureurs sont d’un silence impressionnant, tellement focus sur ce qui va se dérouler ensuite. Sur les visages, je lis une “préparation au pire”. Cette photo a été prise durant cette partie du parcours. Je n’ai pas allumé ma frontale avant le 10ème kilomètre, pour économiser de la batterie. Les 7/8 premiers kilomètres étaient urbains, et donc éclairés. Sinon, je profitais de la lumière des autres (bouh la mauvaise). J’avais deux autres frontales en secours dans le dos, mais il faisait si froid que j’avais la flemme de tout.

On s’attaque au vif du sujet !

Vous voyez là, les 7 km dont je parlais. Et bien voilà l’ascension continue à laquelle nous avons eu droit jusqu’au 30ème km. Du bonheur oui ! Chaque côte (jusqu’à 1,5km à devoir marcher, les mains sur les cuisses pour s’aider tant elles étaient raides) se terminait par un plat descendant ou descente abrupte. Il faisait très froid, j’étais seule, mon eau devenait imbuvable puisqu’elle congelait (oui, c’est possible). En tout cas, ça ne passait plus dans le tube. Je suis subjuguée par le S lumineux qui se forme derrière moi, de toutes petites lucioles à la queue leu-leu, visible par les frontales qui scintillent. C’est ça aussi le trail, s’arrêter et admirer. Je n’ai aucun scrupule à marcher dès qu’un faux-plat montant ou côte se profilent. Au contraire, je me dis : ahhhh merci ! Point négatif, je me refroidis à chaque fois et mes doigts n’apprécient pas (bien failli les perdre ceux-là).

Je regrette le silence total, parfois gênant (se prendre des vents, voire des tornades), le manque d’entraide. Le trail, ce n’est pas la compétition. Mais comme la SaintéLyon présente un dénivelé peu important réparti sur la distance, elle devient accessible aux routards comme moi. La preuve en est, je n’ai pas fait une seule séance de côtes ou escaliers (honte à moi), et je l’ai pourtant fait, sans grosse difficulté physique. Le froid et la fatigue primaient. Les participants sont donc captivés par leur performance personnelle, quitte à oublier de nous venir en aide lorsque l’on se prend une plaque de verglas (coucou la glissade mémorable).

Je me retourne parfois, pour admirer le restant de la course. J’ai du mal à rester focus sur mes pieds, même si parfois c’est obligatoire. A l’approche dur 15ème kilomètre, le premier ravitaillement arrive. Lorsque je le vois, cela me permet d’avoir une idée du kilométrage. J’ai dépassé la moitié. J’entends d’une petite voix mon prénom au loin, je me retourne et aperçois mon Emilie. Je suis sauvée, nous nous étions perdues de vue au départ, et nous voilà ensemble pour, finalement, affronter la partie la plus technique et la plus longue, puisqu’elle nous demandera de beaucoup marcher. Nous avons un rythme moyen de 8-9min/km. Au ravitaillement, nous ne restons pas longtemps. J’avale une tranche de pain d’épices, je bois un coup d’eau et c’est reparti.

On entre dans le dur !

À partir du 17ème kilomètre, nous affrontons de grosses côtes, nous les marchons à chaque fois. De toute façon, courir à ces moments-là, c’est se cramer pour la suite. J’attends toujours d’être arrivée tout là-haut pour relancer. Nous marchons aussi lorsque la neige est trop épaisse. Bizarrement, je n’ai froid qu’aux mains et au nez lorsque je ne porte pas mon buff. Mes pieds, même au contact de la neige, ne prennent pas le froid et ne s’humidifient pas. Ouf. Mon psoas commence à me titiller, je le sens tirer dans les côtes, et surtout lorsque je m’arrête puis repars. Personne ne parle. Je suis tantôt devant Emilie, tantôt derrière, on s’appelle pour ne pas se perdre, on s’attend, on se soutient. Pour que le temps passe plus vite, nous nous mettons de petits objectifs : 20km, 22km, 25km, 28km. J’ai trouvé que le passage entre 22 et 25km était vite passé. Elle me tenait au courant rapidement car elle pouvait avoir l’oeil sur sa montre. 

Je manque de glisser dans chacune des descentes, je vois ma vie défiler, je me parle à moi-même. Ce n’est jamais arrivé. Je me demande ce